Vente à terme : principe, fiscalité et différence avec le viager

La vente à terme permet de vendre un bien immobilier en étant payé non pas en une fois, mais par un apport au départ (le bouquet) puis des mensualités étalées sur plusieurs années. Souvent confondue avec le viager, elle s’en distingue par un point décisif : il n’y a aucun aléa, la durée est connue dès le départ.

Prenons Jacques et Hélène, 64 ans, propriétaires d’une maison estimée à 300 000 €. Plutôt qu’une vente classique, ils optent pour une vente à terme : un bouquet de 90 000 € à la signature, puis 1 750 €/mois pendant 10 ans. Résultat : un capital immédiat, un complément de revenus régulier non imposable, et une durée connue d’avance, sans le pari sur la longévité qu’impose le viager. Voici comment ça marche, sa fiscalité, et l’alternative si vous voulez garder votre maison.

Qu’est-ce qu’une vente à terme ? Définition

La vente à terme est une vente immobilière dont le prix est payé de façon échelonnée : l’acheteur verse un bouquet (un montant comptant au départ), puis des mensualités sur une durée fixée à l’avance. L’acheteur devient propriétaire dès la signature de l’acte authentique (article 1583 du Code civil) : seul le paiement du prix est étalé dans le temps, sans aléa, contrairement au viager.

Comment ça marche : bouquet + mensualités

  • Le bouquet : versé à la signature, il représente généralement 20 à 40 % de la valeur du bien.
  • Les mensualités : le solde est réglé par versements réguliers, le plus souvent sur 10 à 20 ans.
  • La propriété : l’acheteur est propriétaire dès la signature ; le dernier versement solde simplement sa dette envers le vendeur.
Couple senior et conseiller étudiant un contrat de vente à terme

Vente à terme libre ou occupée ?

  • Libre : l’acheteur peut occuper ou louer le bien dès la signature. Le vendeur quitte le logement.
  • Occupée : le vendeur conserve l’usage du bien pendant une période convenue. Le prix en tient compte.

Comment est fixé le prix de vente ?

Tout part de la valeur vénale du bien, estimée comme pour une vente classique. Deux ajustements interviennent ensuite :

  • La décote d’occupation : en vente à terme occupée, le vendeur conserve un droit d’usage et d’habitation pendant la période convenue. Ce droit a une valeur, déduite du prix. Il n’existe pas de barème légal pour une vente : la décote se calcule en général à partir de la valeur locative du bien sur la durée d’occupation, et atteint couramment 20 à 30 % pour une occupation de 10 à 15 ans.
  • La répartition bouquet / mensualités : plus le bouquet est élevé, plus les mensualités baissent, et inversement. Le tout se négocie selon vos besoins (capital immédiat ou revenus réguliers).

Exemple en vente à terme occupée

  • Valeur du bien : 300 000 €
  • Occupation conservée 12 ans, décote de 25 % : prix retenu 225 000 €
  • Bouquet de 30 % : 67 500 € à la signature
  • Solde de 157 500 € sur 12 ans : environ 1 095 €/mois, non imposables

Ce que doit prévoir le contrat

La vente à terme se conclut obligatoirement par acte notarié. Au-delà du prix, du bouquet et de la durée, le contrat doit verrouiller plusieurs points :

  • L’indexation des mensualités : elles sont généralement revalorisées chaque année selon un indice (coût de la construction ou indice des prix), pour protéger le vendeur de l’inflation.
  • La clause résolutoire : en cas d’impayés, la vente est résolue et le vendeur récupère son bien. Pour un immeuble, la résolution n’intervient qu’après une sommation restée sans effet (article 1656 du Code civil). Le vendeur peut conserver tout ou partie des sommes versées si l’acte le prévoit, mais le juge peut réduire cette indemnité si elle est excessive.
  • La répartition des charges : en vente occupée, le vendeur conserve en général les charges courantes et la taxe d’habitation le cas échéant, tandis que l’acheteur, propriétaire, est redevable de la taxe foncière et supporte les grosses réparations, sauf répartition différente prévue dans l’acte.
  • Le sort du décès du vendeur : contrairement au viager, le décès ne change rien. Les mensualités restantes sont dues aux héritiers jusqu’au terme prévu.

En vente occupée, la répartition habituelle des charges est la suivante. Faites-la écrire dans l’acte : à défaut, la loi peut mettre certaines charges à la charge de l’occupant.

ChargeEn général à la charge de
Taxe foncièreL’acheteur (propriétaire)
Gros travaux (toiture, structure)L’acheteur
Charges de copropriété liées aux gros travauxL’acheteur
Entretien courant et petites réparationsLe vendeur occupant
Taxe d’habitation éventuelle et taxe d’ordures ménagèresLe vendeur occupant
Assurance du logementLes deux : l’acheteur comme propriétaire, le vendeur comme occupant

Les étapes d’une vente à terme

  1. Estimation du bien par un professionnel, base de toute la négociation.
  2. Négociation des modalités : vente libre ou occupée, montant du bouquet, durée et montant des mensualités, indexation.
  3. Avant-contrat puis acte authentique chez le notaire, qui fait inscrire l’hypothèque légale spéciale du vendeur au service de la publicité foncière et publie la clause résolutoire.
  4. Versement du bouquet à la signature ; le transfert de propriété s’opère dès ce jour, sauf clause contraire.
  5. Paiement des mensualités jusqu’au terme ; une fois la dernière échéance réglée, l’acheteur est définitivement libéré et le vendeur n’a plus aucun droit sur le bien.

Le délai global entre la mise en vente et la signature est comparable à une vente classique, de l’ordre de 3 à 6 mois, le temps de trouver un acheteur adapté à ce montage encore confidentiel.

Vente à terme ou viager : quelles différences ?

La confusion la plus fréquente. La différence tient à un mot : l’aléa.

Vente à termeViager
Durée des versementsFixe, connue d’avanceJusqu’au décès du vendeur
AléaAucunOui (durée de vie)
Fiscalité de la renteNon imposablePartiellement imposable

En vente à terme, acheteur et vendeur connaissent dès le départ le montant total et la date de fin. En viager, la rente est due tant que le vendeur (le crédirentier) est en vie : un pari sur la longévité, source d’incertitude pour les deux parties.

« Viager à terme » : un abus de langage

L’expression « vente viager à terme » mélange deux contrats différents. Une vente est soit à terme (durée fixe, paiements dus jusqu’au bout, même en cas de décès du vendeur), soit en viager (rente jusqu’au décès). Il existe en revanche des viagers avec une durée minimale de rente garantie : renseignez-vous auprès du notaire sur le contrat exact proposé.

La fiscalité de la vente à terme

  • Les mensualités perçues ne sont pas imposables comme un revenu, que la vente soit libre ou occupée : elles constituent le paiement du prix. Seuls d’éventuels intérêts prévus au contrat sont imposables, comme revenus de capitaux mobiliers.
  • Si le bien est la résidence principale du vendeur, aucune imposition sur la plus-value.
  • Pour un autre bien (résidence secondaire, locatif), la plus-value est calculée et imposée dès la signature de l’acte, même si le prix est perçu progressivement : 19 % d’impôt sur le revenu plus 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % avant abattements pour durée de détention. L’impôt est payé par le notaire au moment de la vente : le bouquet doit donc suffire à le couvrir. Une surtaxe s’ajoute au-delà de 50 000 € de plus-value, et l’exonération est totale après 22 ans de détention pour l’impôt sur le revenu, 30 ans pour les prélèvements sociaux.
  • La fiscalité des rentes est globalement plus avantageuse qu’en viager, où une partie de la rente est soumise à l’impôt sur le revenu.

Les frais de notaire d’une vente à terme

Ils sont payés par l’acheteur, comme pour toute vente. Ils se calculent sur le prix total (bouquet et somme des mensualités), diminué de la valeur du droit d’usage et d’habitation en vente occupée. Les droits de mutation en représentent l’essentiel : environ 6,32 % dans la plupart des départements depuis 2025, environ 5,81 % dans les autres.

Avantages et inconvénients de la vente à terme

Pour le vendeur, les points forts sont clairs : un capital immédiat (le bouquet), des revenus réguliers non imposables en vente occupée, une durée connue d’avance, et la protection de la clause résolutoire en cas d’impayés. En contrepartie, il accepte un prix décoté s’il reste dans les lieux, il perd la propriété du bien à la signature, et il supporte le risque, encadré mais réel, d’un défaut de paiement de l’acheteur.

Pour l’acheteur, la vente à terme est un achat sans crédit bancaire : pas de dossier de prêt, pas d’assurance emprunteur, pas d’intérêts. Le paiement est étalé directement auprès du vendeur, ce qui peut convenir à un profil refusé par les banques. En revanche, il paie l’essentiel du prix avant de pouvoir occuper un bien vendu occupé, il assume l’indexation des mensualités, et un incident de paiement peut lui faire perdre le bien et une partie des sommes versées.

Vente à terme : quels risques et inconvénients ?

Les risques pour le vendeur

  • Le défaut de paiement : il faut faire jouer la clause résolutoire, après sommation, ce qui prend du temps.
  • L’érosion par l’inflation si les mensualités ne sont pas indexées.
  • L’impôt sur la plus-value payé d’emblée, sur le prix total, alors que l’essentiel est encaissé plus tard (hors résidence principale).
  • La décote en vente occupée, qui réduit le prix total.

Les risques pour l’acheteur

  • Le décès de l’acheteur : la dette envers le vendeur est transmise à ses héritiers. Une assurance décès est fortement conseillée.
  • La revente en cours de contrat : le bien reste grevé de l’hypothèque du vendeur, qu’il faut solder avant ou lors de la revente.
  • La perte du bien et d’une partie des sommes versées en cas d’impayés prolongés.
  • Un bien occupé dont l’acheteur paie l’essentiel du prix sans pouvoir en profiter avant la fin de l’occupation.

Les précautions à prendre

Comme le paiement s’étale, le vendeur doit sécuriser l’opération : hypothèque légale spéciale du vendeur (l’ancien privilège du vendeur, article 2402 du Code civil), inscrite par le notaire au service de la publicité foncière, et clause résolutoire permettant de récupérer le bien en cas de défaut de paiement, après sommation. Un accompagnement notarial est indispensable pour cadrer le bouquet, la durée et les garanties.

Couple senior serein dans le salon de sa maison

Vendre sa maison à terme

La vente à terme d’une maison obéit aux mêmes règles que pour un appartement, avec une différence pratique : sans copropriété, toutes les charges du bâti (toiture, façade, gros équipements) se répartissent directement entre acheteur et vendeur. En vente occupée, l’acte doit donc préciser qui finance les gros travaux pendant la période d’occupation et dans quel délai ils doivent être réalisés.

Une vente à terme entre membres d’une même famille est possible, mais le prix et les modalités doivent rester ceux du marché : un prix trop bas ou des mensualités jamais réclamées exposent à une requalification en donation déguisée par l’administration fiscale.

Vendre… ou garder son bien et débloquer des liquidités ?

La vente à terme reste une vente : vous cédez votre bien. Si votre objectif est d’obtenir des liquidités tout en restant propriétaire, d’autres voies existent :

Selon votre âge, votre projet et votre situation, l’une ou l’autre solution sera plus adaptée : une étude personnalisée permet de trancher.

FAQ sur la vente à terme

Quelle différence entre vente à terme et viager ?

En vente à terme, la durée des versements est fixe et connue dès le départ. En viager, la rente est versée jusqu’au décès du vendeur : il y a un aléa. La fiscalité de la vente à terme est aussi plus avantageuse.

Les mensualités d’une vente à terme sont-elles imposables ?

Non : les mensualités sont le paiement du prix, pas un revenu, que la vente soit libre ou occupée. Seuls d’éventuels intérêts prévus au contrat sont imposables. La rente viagère, elle, est partiellement taxée.

Combien représente le bouquet ?

Généralement 20 à 40 % de la valeur estimée du bien, versé comptant à la signature. Le solde est payé en mensualités sur 10 à 20 ans.

Comment se protéger en tant que vendeur ?

Par l’hypothèque légale spéciale du vendeur (ex-privilège du vendeur), inscrite au service de la publicité foncière, et par une clause résolutoire prévue dans l’acte, qui permet de récupérer le bien en cas d’impayés après une sommation restée sans effet.

Que se passe-t-il si le vendeur décède avant le terme ?

Rien ne change, c’est la grande différence avec le viager : les mensualités restantes sont dues aux héritiers du vendeur jusqu’à la fin de la durée prévue au contrat.

Qui paie la taxe foncière dans une vente à terme occupée ?

L’acheteur, propriétaire dès la signature, en est redevable. L’acte peut prévoir une autre répartition entre les parties ; à défaut de clause, la loi peut mettre certaines charges à la charge de l’occupant. C’est un point à écrire noir sur blanc.

Que se passe-t-il si l’acheteur ne paie plus ?

Le vendeur peut demander la résolution de la vente grâce à la clause résolutoire, après une sommation restée sans effet. Il récupère alors le bien et peut conserver une partie des sommes versées si l’acte le prévoit, sous le contrôle du juge.

Et si l’acheteur décède avant le terme ?

Ses héritiers deviennent propriétaires du bien et doivent poursuivre les paiements jusqu’au terme. D’où l’intérêt pour l’acheteur de souscrire une assurance décès couvrant les mensualités restantes.

Peut-on payer par anticipation une vente à terme ?

Oui, si l’acte le prévoit. Un remboursement anticipé permet à l’acheteur de solder sa dette et de faire lever l’hypothèque du vendeur avant le terme.

Les mensualités peuvent-elles être indexées ?

Oui, et c’est conseillé pour le vendeur : l’acte peut prévoir une revalorisation annuelle selon un indice, souvent l’indice du coût de la construction.

Qui paie les frais de notaire d’une vente à terme ?

L’acheteur, comme pour une vente classique. Ils sont calculés sur le prix total, diminué de la valeur de l’occupation en vente occupée.

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Sources : Code civil (vente, privilège du vendeur) · administration fiscale (plus-value résidence principale) · pratiques notariales 2026. Article informatif et non contractuel.
C-rédit, courtier en regroupement de crédits et en assurance, immatriculé à l’ORIAS sous le n° 24002547, orias.fr.

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Mathieu Morel, courtier en rachat de crédit

Rédigé et vérifié par Mathieu Morel

Mis à jour le · Publié le

Courtier en opérations de banque et en services de paiement (COBSP), immatriculé à l'ORIAS sous le n° 24002547 et contrôlé par l'ACPR. Fondateur de C-rédit, cabinet de courtage 100 % en ligne basé dans la métropole de Nancy.

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